Revivez un atelier Circ'Ambulations

Anne a participé pour l’Atelier des Initiatives à un atelier Circ’ambulations au Grand T. Découvrez son expérience autour de l’œuvre de Johann Le Guillerm !

 

La médiation comme invitation à expérimenter dans tous les sens

Pour Johann le Guillerm, le spectateur compte. Dans toute sa diversité. Et c’est bien là l’enjeu de la médiation : apporter des repères dans cette œuvre aux multiples facettes tout en adaptant cette expérience aux spécificités de chaque public. Charlotte Dezès, médiatrice permanente au sein de la compagnie Cirque ici, va ainsi accompagner enfants et jeunes adolescents de la Maison de quartier Bottière dans la découverte d’Attraction. Nous sommes le 8 novembre et l’atelier Circ’ambulations ouvre ce parcours.

Nous voici dans la Yourte du Grand T, regardant les phrases et les images disposées au sol. Certains enfants, dont la curiosité est déjà bien stimulée, me demandent ce qui va se passer. Je leur explique que je suis comme eux : je n’en ai absolument aucune idée. Je suis curieuse de voir comment une œuvre aussi foisonnante peut être abordée et quelle va être la réaction des enfants.

Les présentations commencent. Charlotte est accompagnée de Julia-Marine Chamodon, danseuse et art-thérapeute danse. Certains enfants posent des questions, commentent ce qui est dit. La plupart restent silencieux et observent. Charlotte commence à présenter Johann le Guillerm. Je suis surprise de constater qu’aucun enfant n’est capable de donner le nom de l’artiste avant que Charlotte ne le nomme. Les mots éparpillés au sol interrogent : « ce que je vois me cache toujours quelque chose que je ne vois pas ». Charlotte s’empare des images au sol et nous demande de nommer ce qui y est représenté. Nous répondons presque tous qu’il s’agit d’un cheval. L’un des enfants évoque une grenouille puis se ravise en voyant le dessin. Il a pourtant aussi raison car en retournant l’image, la grenouille apparaît bel et bien. D’autres illustrations sont montrées fonctionnant sur ce même principe. C’est ainsi qu’une notion fondamentale du travail de Johann le Guillerm est abordée, de manière ludique et accessible.

L’atelier se poursuit avec une histoire à deux voix, celles de deux points rouges identiques et pourtant si différents. Leur couleur, leur forme, leur matière sont passées en revue, mais rien n’y fait, ces deux points sont bien à la fois identiques et différents. L’évidence est perturbée, tout comme les participants. Faire fi des connaissances et expérimenter par soi-même : une plongée directe au cœur de la démarche de Johann le Guillerm. Soudain une interprétation fuse : « ils sont différents car chacun est unique » !

Puis le point devient une boule bien concrète qui entame son tour de salle, passant plus ou moins vite de mains en mains. Elle devient l’occasion de se présenter à son voisin et par extension à tous les autres. L’exercice se répètera tout en évoluant et en nous faisant évoluer à travers le cercle. Une manière de regarder la scène sous un nouvel angle et d’expérimenter le « voir et être vu ». Car au cœur du cercle, nous sommes cernés de spectateurs ce qui peut être intimidant. Difficile pour certains d’oublier la vingtaine de paires d’yeux qui observent.

La manipulation d’objets se poursuit avec une nouvelle activité sollicitant le toucher : un bandeau sur les yeux, chacun notre tour, nous partons à la découverte d’un même objet que nous devons ensuite dessiner une fois le bandeau retiré et l’objet dissimulé. À croire que personne n’a eu le même objet ! Possédant une forme indescriptible, creusé de circonvolutions, l’objet mystérieux est un prototype de La Motte. Cette planète végétale futuriste a la particularité de dessiner au sol la trace de son passage et de progresser tout en revenant toujours à son point de départ. Nous sommes ensuite invités à figer la mobilité en dessinant sur une feuille géante la trace d’une danse sur 5 temps. À produire et reproduire un même signe en jouant sur les tailles et l’espace disponible. À imaginer une balle qui remonterait doucement de nos pieds jusqu’en haut de notre tête. À créer le mouvement d’un objet sans que nos mains entrent en contact avec lui. Autant d’expériences qui nous plongent progressivement au cœur des thématiques récurrentes de l’œuvre de Johann le Guillerm.

L’atelier touche à sa fin : nous revenons tous nous asseoir, toujours en rond, pour un temps d’échange où les participants peuvent dire ce qu’ils ont ou non aimé tout en expliquant pourquoi. Cette prise en compte des participants a été une des constantes de cet atelier : les réactions spontanées des enfants ont été utilisées pour les inciter à s’interroger et à réfléchir, des questions leur ont été régulièrement posées pour ouvrir ou approfondir un sujet. Malgré tout, certains jeunes, réticents dès le départ, n’ont pas réussi à s’impliquer dans ce premier atelier. Ce qui peut s’expliquer par le nombre de participants, plus important que prévu, qui a pu être un frein au lâcher-prise.

Éprouver par l’expérimentation, la manipulation, le regard et le mouvement : nous sommes au cœur de la démarche de l’artiste. Mobilisant tous leurs sens, les enfants ont été progressivement amenés à s’emparer du point et des points de vue, à découvrir le visible derrière l’invisible et le mouvement dans l’immobilité. Des thématiques complexes, abordées ici de manière ludique et simple, sans toutefois céder à la facilité du prêt-à-penser.

Anne Gagnon
Un article à retrouver sur le site de l’Atelier des initiatives .

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