Partez à la découverte des créateurs d'aplanants

Coralie a participé pour l’Atelier des Initiatives à un atelier de construction d’aplanants au Grand T.
Découvrez son expérience !

À la découverte des créateurs d’aplanants

En ce dimanche ensoleillé de novembre, je me rends au musée Dobrée où l’on expose depuis quelques jours les Imaginographes , les Imperceptibles ou encore l’Observatoire de Johann le Guillerm. On y croise aussi les Serpentants, une “architexture” trônant devant le musée, autour de laquelle les enfants jouent à cache-cache avec leurs parents en attendant l’ouverture de l’atelier de construction des “aplanants”. C’est en famille que les participants sont venus aujourd’hui, sans trop savoir à quoi s’attendre, et c’est une dizaine d’enfants qui suivent joyeusement Charlotte Dezès et Loëiz Le Guillerm, de la compagnie de Johann le Guillerm. Dans le labyrinthe du musée, les salles d’expositions, les grands escaliers en colimaçons et les lourdes portes en bois s’enchaînent et s’ouvrent finalement sur une salle qui fera office d’atelier d’artiste le temps d’un après-midi. Les parents suivent, avec cette décontraction habituelle de l’adulte accompagnant ses enfants à toutes sortes d’activités extrascolaires.

Charlotte et Loëiz se font chefs d’atelier pour cette belle équipe intergénérationnelle. Aujourd’hui, on ne s’éparpille pas sur l’ensemble de l’œuvre de l’artiste, on a du pain sur la planche : il nous faut construire des “aplanants” qui iront plus tard en rejoindre d’autres dans l’Aplanatarium installé dans la tour du château des Ducs de Bretagne à partir du 5 décembre prochain. Nous voilà face à une grande responsabilité et un air de concentration plane déjà dans la pièce.

Nous réfléchissons ensemble : 
Qu’est-ce qui plane ? Nous demande Charlotte. 
Les écureuils ! Répond spontanément Théa, le bras tendu vers le ciel. 
Les sourires bienveillants encouragent les autres enfants qui évoquent tour à tour les oiseaux, les avions, les nuages, miment les feuilles mortes et les graines d’érables (ces fameuses “feuilles hélicoptères” qui tourbillonnent à l’automne). Loëiz se place en expert, valide ou invalide les réponses et apporte très sérieusement les précisions qui s’imposent, notamment sur la nuance entre planer et voler.

Afin que nous comprenions mieux ce que nous allons construire, Charlotte nous présente différents prototypes, tout juste créés par Johann le Guillerm. Du haut d’un escabeau, Loëiz laisse tomber toutes sortes d’objets légers, faits de papier, de tulle, de cellophane ou de plumes, qui décrivent chacun des trajectoires et des vitesses de chutes différentes. Certains suscitent déjà l’admiration de tous et donnent envie de s’essayer à l’exercice. Loëiz attire notre attention sur le poids, la forme particulière ou les matériaux utilisés. Avant de se lancer, nous prenons note des contraintes techniques et artistiques qui assureront la cohérence de l’œuvre : la taille ne doit pas excéder 30 centimètres, la chute doit être de moins d’un mètre par seconde et les matériaux doivent être blancs et légers.

Nous voilà parés à nous lancer et nous nous emparons du matériel mis à disposition au sol : ciseaux, plumes et papier calque envahissent bientôt toutes les tables. Les idées fusent, et les parents, jusque là en position d’accompagnants se prennent doucement au jeu et, voyant leurs enfant tout à fait absorbés dans leur travail, se lancent à leur tour. L’escabeau reste à disposition et les essais de vols planés se multiplient dans la salle. Les tests permettent de discuter ensemble des améliorations possibles des objets : un poids ici ou là, une structure sur un côté ou un choix de matériau plus léger, tout est analysé par le regard averti des médiateurs comme des participants.

Voici quelques exemples des créations de ce jour :

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Cet aplanant de Marion est la version améliorée d’un premier. Cette mère venue, finalement, sans ses enfants, a commencé l’atelier un peu timidement, affirmant que ce genre de trucs, ça n’était pas fait pour elle. Mais rapidement, un pliage de calque en éventail lui donne une première sensation de vol, ou plutôt de chute. Elle en attache deux reliés par une ficelle et repasse le test de l’escabeau, un peu mieux mais toujours pas satisfaisant. Finalement, c’est en créant un éventail circulaire en tulle qu’elle obtient un vol ralenti de l’objet volant.

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Cet aplanant minimaliste est sorti de l’imagination débordante de la jeune Sam. Après plusieurs réalisations d’objets compliqués combinant beaucoup d’éléments elle a abouti à celui-ci, simple jonction d’une plume et d’un carré de papier blanc qui décrit un vol très délicat dont elle n’est pas peu fière.

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Edwige, mère de Sam, a réalisé en étroite collaboration avec sa fille cet aplanant original, “en forme de squelette”, m’explique la fillette. Une plume sert de colonne vertébrale autour de laquelle des bandelettes de papier vibrent lors du vol. Afin d’obtenir une chute au visuel intéressant, Edwige a multiplié les essais et réglé avec précision l’écartement des bandelettes.

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Cet aplanant apparemment très simple a été créé par le jeune Emile. Il m’explique pourtant avec grand sérieux comment, en vol, l’air passe par un endroit puis ressort d’un autre en rebondissant sur les parois, et comment les agrafes permettent de maintenir cette position très précise des ailes.

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Pendant qu’Emile perfectionnait son œuvre, sa mère s’attelait à la sienne, un disque de tulle cerclé de plumes. Toute la difficulté résidait dans la direction du vol de l’objet qu’elle souhaitait horizontal. Il a fallu changer de matériau et de forme avant d’aboutir à ce disque qui tourne doucement en vol.

Parmi les nombreuses créations réalisées ce jour, toutes ne finiront pas au château. Les artistes du dimanche sélectionnent en fin de séance les créations dont le vol était le plus intéressant et écartent les objets non aboutis ou décevants. Les médiateurs repartent avec une belle trentaines d’aplanants qui iront virevolter avec d’autres au château, dans “l’Aplanatarium”, pour le plaisir des visiteurs parmi lesquels se dissimuleront, c’est promis, les nombreux créateurs d’aplanants.

Coralie M

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