Johann
Le Guillerm
Entretien

?  Secret, Le Pas Grand Chose, L’Observatoire, Les Imaginographes… Tout au long de la saison 17-18, les Nantais découvriront votre univers au travers des propositions très différentes. Quel est le fil conducteur de toutes les œuvres qui composent Attraction ?

Johann Le Guillerm : Attraction est né d’un désir profond, repenser mon environnement par moi-même et partager le fruit de mes recherches pour inviter chacun à une autre manière de se saisir du monde, à résister au « prêt-à-penser ». J’ai commencé en 2001 à travailler autour du point, pensé comme cellule ou électron ou minimum commun à la matière qui constitue notre monde. J’ai alors étudié les forces, les trajectoires, les énergies, les équilibres, le mouvement lors d’expérimentations qui se sont déclinées dans des chantiers aujourd’hui réunis dans un laboratoire autour du point. Secret, Les Architextures, L’Observatoire, Les Imaginographes ou Le Pas Grand Chose sont le fruit de mes expériences, des facettes de ce projet. Les médiums sont différents puisque je passe du spectacle à la conférence, à l’installation, à la performance mais toutes mes créations ont en commun le point. Le Pas Grand Chose, conférence-spectacle, offre un nouvel espace dans le projet. Longtemps j’ai invité le spectateur à se faire son propre point de vue sur ce que je lui montrais, la conférence va me permettre de donner le mien !

?  Minéralité et hauteur au Château des ducs, horizon végétal au Jardin des Plantes… Comment ces lieux très différents vous ont-ils inspiré ?

JLG : Les Droliques et L’Aplanatarium sont nés d’expérimentations que j’avais déjà menées. Mais en visitant le Château et le Jardin des Plantes, j’ai tout de suite vu que mes projets pourraient y prendre place. Le château offrait une hauteur nécessaire à L’Aplanatarium et c’est une vraie opportunité, les hauteurs intérieures des lieux sont rarement aussi importantes. Le Jardin des Plantes est habité de bassins, or j’imaginais déjà Les Droliques comme fleurs en lien avec l’eau. Ces deux espaces sont devenus comme des évidences, ces terrains de jeux que j’attendais.

?  Les Aplanants et les Droliques seront construits, tout ou partie, avec les Nantais. C’est une grande nouveauté dans votre œuvre, habituellement développée dans le secret de votre atelier-laboratoire, avec une précision millimétrique. Pourquoi ce choix, et comment va-t-il transformer vos façons de faire ?

JLG : J’ai toujours souhaité donner à expérimenter par soi-même. C’est l’objet-même des Imaginographes que de permettre à chacun d’agir sur les objets montrés et en tirer ses propres expériences, s’y faire jouer son propre point de vue. Mais il est vrai que je n’avais jamais donné d’objets à réaliser. Pourtant, il s’agit de la même démarche. À partir de prototypes simples que j’aurai réalisés, j’invite le public, lors d’ateliers, à s’emparer de ces formes prototypales et à faire jouer son imaginaire pour créer des formes d’Aplanants et des Droliques pour éprouver toujours par lui-même. C’est une manière de créer qui ne transforme pas ma façon de faire mais l’enrichit ponctuellement comme un partage de mes recherches.

?  Vos œuvres voyagent un peu partout dans le monde : après Buenos Aires et Copenhague, Nantes.  Est-ce que ces voyages ont une influence sur votre œuvre, à court ou long terme ?

JLG : Avant de m’engager dans le projet Attraction, j’ai fait un tour du monde. Je suis allé à la rencontre de populations en déséquilibre, handicapées, traumatisées ou autochtones, des micro-sociétés inadaptées ou fondées sur des codes particuliers. Peut-être que je cherchais déjà à comprendre ce monde qui m’entoure, à y prendre place, à m’y projeter, à m’y représenter. En partant à la rencontre de minorités, j’aspirais déjà à comprendre le commun. En tout cas, ce que je sais aujourd’hui, c’est que j’ai besoin de diversité, que les voyages me la rappellent sans cesse et que la multiplicité des points de vue que je cherche à mettre en œuvre, la dit, tout simplement. Mes œuvres voyagent, elles sont lues diversement selon les cultures que je traverse. En cela les voyages enrichissent mon travail. C’est incontestable.

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